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Vivre et raconter, le quotidien d’une journée de travail d’un photojournaliste à Port-au-Prince.

  • Photo du rédacteur: Johnson  Sabin
    Johnson Sabin
  • 5 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Carnet de terrain.


Je me réveille avant le soleil. Dans cette ville, une journée commence rarement par un café tranquille , elle commence par un message, un appel, une rumeur. « Il y a eu des tirs à Carrefour-Feuilles. » « Des déplacés arrivent près du Champ de Mars. » « Des maisons ont brûlé à Delmas. » « Des corps ont été retrouvés dans les rues. » Rien n’est sûr, mais tout est urgent.


Avant même de sortir du lit, j’allume la radio. Les premières informations guident déjà ma journée, un échange de tirs ici, une opération policière là, un quartier où personne n’entre. J’écoute, je trie, je recoupe. Dans ce métier, une info mal vérifiée peut t’envoyer droit dans un piège.


Je décroche le téléphone. J’appelle des confrères, des contacts, parfois des habitants que je connais sur place. J’essaie de comprendre ce qui se passe réellement et, surtout, quelle stratégie adopter pour arriver sur une zone de confrontation.


Car ici, les affrontements ne ressemblent pas aux opérations « classiques ».

Les gangs disposent d’armes de guerre : fusils d’assaut, mitraillettes, cocktails molotov. Une guerre sans convention, sans règle, où tout peut basculer en une seconde.


Dans ces moments-là, les droits des journalistes sont rarement respectés. On nous bouscule, on nous menace, on nous ordonne de partir, comme si notre présence dérangeait, comme si nous n’avions pas le droit d’être là. Pourtant, c’est précisément dans ces espaces hostiles que l’information doit exister.


Je sais qu’il peut tout arriver :

• des balles perdues,

• des rafales soudaines,

• un territoire qui change de mains en quelques minutes,

• de la violence d’un côté comme de l’autre.

Mais en tant que photojournaliste, je dois être présent sur la ligne de front, même si c’est risqué. Pas pour jouer au héros, mais pour témoigner. Pour montrer ce que traverse un pays que beaucoup racontent de loin.


Le terrain n’attend pas

Quand j’arrive sur les lieux, la scène me frappe avant même de lever l’appareil. Des familles hagardes tirent des valises, des enfants en pleurs, des regards perdus. Je prends quelques secondes. Pas pour réfléchir , pour respecter. Il y a toujours ce moment où je me dis , fais-le correctement, raconte avec dignité.

Puis je lève la caméra. Le corps se met en mode semi-automatique, mais l’esprit reste humain. Photographier, ici, n’est jamais un simple geste technique : c’est porter la mémoire d’un pays en crise.


Entre le danger et la lumière

Le plus difficile n’est pas seulement de trouver la bonne image. C’est de bouger vite, d’écouter ce que disent les rues : une moto qui arrive trop vite, une foule qui fuit, un silence soudain. Je dois tout lire en quelques secondes.

Il y a aussi des moments inattendus, un sourire, une main tendue, un enfant qui rit malgré tout. Ces instants de lumière me rappellent pourquoi je continue. Haïti n’est pas une succession de drames : c’est un pays qui se bat pour rester debout.


Retour au calme en apparence

En fin d’après-midi, je rentre. Mais la journée n’est pas terminée. Il faut trier les images, écrire les légendes, décrire chaque détail pour l’agence : lieu, contexte, nom, chronologie. L’adrénaline retombe lentement. Parfois, les émotions rattrapent. Certaines scènes reviennent le soir, avec le bruit des rafales encore dans la tête.

Port-au-Prince, Haïti

Port-au-Prince, Haïti Le photojournaliste Johnson Sabin marche sur la carcasse d’une voiture brûlée dans le centre-ville, une zone de confrontation régulière entre gangs armés et forces de police.

Le photojournaliste Johnson Sabin marche sur la carcasse d’une voiture brûlée dans le centre-ville, une zone de confrontation régulière entre gangs armés et forces de police. Je pense à ceux que j’ai photographiés. À leurs visages. À leurs histoires que j’emporte avec moi.


Être photojournaliste à Port-au-Prince, ce n’est pas seulement couvrir l’actualité. C’est vivre au rythme d’une ville blessée mais vivante, fragile mais résistante. C’est raconter ce que tout le monde ignore. C’est tenir, encore, avec la conviction que chaque image compte.


Et demain, au lever du jour, la radio s’allumera encore.

Le téléphone vibrera.

Et je repartirai.

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© 2025 By Johnson Sabin Photojournaliste

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